« Les bien-pensants » désignent péjorativement des personnes, dont la pensée politique se résume à des maximes de bons sentiments, en vertu desquelles ils paralysent la société et la murent dans un conservatisme dont ils sont les premiers ensuite à déplorer les effets. Même si ce terme désigne beaucoup de monde chez les « puissants », ce peuvent être en priorité le pouvoir judiciaire et le pouvoir médiatique. Naturellement, aucun bien-pensant ne se définira comme tel.

Cette bien-pensance est donc un concept plutôt ironique, acide, amusant par la manière dont il se moque de la philosophie de l’intérêt ou de la dictature de l’individu.

Regardons le triste spectacle que nous offre la politique aujourd’hui. Toute réponse énergique à un problème quelconque se voit tassée entre des opposants de droite, de gauche, d’en bas ou d’en haut. La réforme est ensuite livrée à des chirurgiens juristes qui en ôtent toute la substance, puis elle est lissée pour qu’aucune de ses arêtes ne heurte la susceptibilité de quelque religion, groupe, profession, ethnie, genre, orientation sexuelle, primate, chimpanzé, bonobo ou que sais-je encore. Ensuite, elle est démocratisée par peur d’être jugée despotique, elle est amoindrie, affadie, disséquée, mâchée, noyée, vidée puis resoudée sous la forme d’une coquille vide qui va passer en vote à la Chambre… pour finalement se buter à une fin de non-recevoir, ou pas, ce qui ne change rien, pendant que le problème initial, lui, a achevé de pourrir la situation.

En d’autres termes, les bien-pensants sont des incompétents détenteurs de règles de vertu qui ont fait de l’Etat quelque chose d’obèse et d’affaissé, présent partout où l’on pas appelé, absent partout où on a besoin de lui, et fin prêt pour l’effondrement.

En philosophie, on donnerait une autre définition, assez semblable : ils sont des gens qui croient qu’on peut résoudre les problèmes politiques en ne faisant de mal à personne. Qui croient que parmi les droits de l’homme, il y aurait une espèce de droit au bonheur, dont la naissance nous rendrait imaginairement les possesseurs, dont la société serait responsable et l’Etat garant. Qui croient que la fonction de l’Etat est de nous rendre heureux.

Ou encore, qui ont oublié que le but de la politique est le Bien Commun (res publica, la République donc) et non la démocratie qui n’est qu’un moyen parmi d’autres de l’atteindre. Pour avoir trop connu la liberté, ils ont oublié que c’est l’ordre, et d’abord lui, qui l’a rendue possible.

Ce sont donc aussi des anarchistes hétérodoxes. L’anarchie c’est l’ordre sans autorité, nous disent Reclus et Kropotkine. Les bien-pensants ne veulent pas l’autorité, mais ils ne veulent pas l’ordre non plus. A l’ordre, ils opposent les caprices des individus, qui sont un puits sans fond dans lequel on entre de bonne foi, puis on s’engouffre avant d’y perdre, l’Etat et la société et l’individu avec. Ils ne savent pas qu’il faut supporter la frustration de n’être pas le centre du monde. C’est cette frustration qu’ils ont mué en désir anarchique.

Bref, ils sont des gens qui n’ouvrent jamais des bouquins d’Histoire. S’ils l’avaient fait, ils sauraient que l’anarchie c’est aussi un paradis fugace dont hélas personne n’a trouvé trace dans l’histoire, sauf comme touchant prélude aux guerres civiles.

Kolbe

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