La peine du Tribunal Correctionnel de Paris de ce 22 Février est lourde pour Claude Reichman, vétéran de la cause incitant les indépendants à quitter leur système de protection sociale obligatoire, et pour ceux qui l’ont suivi de près ou de loin. Par son Mouvement pour la Liberation de la Protection Sociale (MLPS), il est accusé d’incitation à quitter la sécurité sociale. Il faut dire que sur le papier, ces derniers ont toutes les raisons de le faire étant donné l’inégalité flagrante de leur protection sociale en comparaison à tous les autres régimes. RSI, MSA et autres organismes similaires n’ont rien d’une sinécure, tant le système est opaque, les cotisations hasardeuses, les relances destructrices et la protection déplorable. Le terreau était favorable à ce que les indépendants réfléchissent plus d’une fois avant de vider leur chéquier.

Dans son sillon, « Laurent C. » avait partagé sa propre expérience via son blog et son livre « Quitter la sécu ». De quoi donner des éléments et des idées supplémentaires, et surtout l’envie de passer à l’acte. Sûrs de leurs pouvoirs, les organismes de protection sociale n’ont pas vu venir, il y a trois ans, la vague de tous ces indépendants motivés pour retrouver un peu d’air et de liberté. Différentes solutions ont circulé, allant de la création de structures qui ne dépendent plus du RSI, d’autres à l’étranger, jusqu’à refuser les cotisations et s’affilier dans un autre pays. Aucune piste n’était à exclure pour éviter le « meilleur système de protection sociale que le monde nous envie », tant il est irrespirable.

Cependant, les organismes n’auront pas tardé à réagir. Sur le plan législatif, en 2014, le gouvernement Hollande a rendu frauduleux tout discours incitant à se libérer de la sécurité sociale française, conception assez étonnante de la liberté d’expression, qui devient valable uniquement si l’on se soumet, aveugles et silencieux, à notre vénérée et totalitaire Sécurité Sociale. Cette aberration a pourtant pu passer sans que les français s’en émeuvent. Sur le plan judiciaire, l’ACOSS (Agence centrale des organismes de sécurité sociale) et la CNDSSTI (la Caisse Nationale Déléguée pour la Sécurité Sociale des Travailleurs Indépendants – joli nom pour remplacer le défunt RSI) se sont portées parties civiles, comptant bien profiter de la nouvelle loi pour aligner des exemples. Ce qu’ils ont fait, et c’est un succès.

Aujourd’hui, les choses se précisent. D’une part, nous n’avons plus de doute sur Claude Reichman, qui a passé 25 ans à asséner des certitudes sur la possibilité effective de quitter le système de protection sociale français qui se sont avérées fausses, désormais contredites par les faits. Lui-même, bien que condamné aujourd’hui, en a tiré une manne financière non-négligeable de la part de ceux qui lui ont fait confiance. Il les aura pourtant conduits au casse-pipe, par une paperasse de son cru qui n’aura jamais fait écho ni aux TASS (Tribunal Administratif de la Sécurité Sociale) ni aux TGI (Tribunale de Grande Instance). Beaucoup sont encore en procédure aujourd’hui. D’autre part, on sait que l’Etat Français et les organismes de protection sociale ne feront pas dans la dentelle. Dans le pays supposé des droits de l’homme, le mastodonte de la protection sociale écrasera les uns après les autres ceux qui émettent quelques réserves sur sa légitimité. Ce que commence à faire lourdement cette condamnation.

Car dans les filets, ils en ont profité pour entraîner « Liberté Sociale », qui avait abandonné la voie de la révolte frontale et risquée. L’association n’avait alors d’autres ambition que de porter des idées alternatives pour réformer le système en profondeur. Un think tank lancé par Christian Couturier, qui pourrait finir mort-né d’avoir voulu transformer les escroqueries de Claude Reichman en perspectives pour l’avenir. Ses travaux n’étaient pas dénués d’intérêt, loin de là, mais cela n’aura pas suffit. L’association aura beau faire appel, elle reste enfermée dans le même sac que le MLPS. Si aucun politique ne reprend le flambeau, les sommes qu’elle devra régler devraient conduire à la faire taire, et à renvoyer ses travaux aux oubliettes, ce qui était probablement l’objectif. En matière de sécurité sociale, l’essentiel pour eux est que rien ne change…

Nous assistions à un procès entre le bon, la brute et le truand. Mais quand la brute s’avère être l’Etat, c’est toujours la brute qui gagne.

Pierre Martineau

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