De toute ma vie, si on m’avait dit un jour qu’un autoproclamé « antifasciste » fût célébré comme un héros altruiste, pareillement à l’abbé Pierre, Gandhi ou Mère Teresa, j’aurais probablement ri aux éclats. Mais, décidément, ce monde en déliquescence échappant à toute logique, on se retrouve désormais dans des situations plus qu’incongrues.

Cédric Herrou, le désormais célèbre bienfaiteur des migrants, écrit son récit tel un conte, une légende, une épopée, et plus encore un mythe, sans qu’aucun ne lui porte la contradiction, excepté le pouvoir public, contraint à résoudre tant bien que mal ses actions illégales et inconsidérées. Le supposé agriculteur élève aujourd’hui le migrant comme il élevait ses poules, afin de jouir continuellement des reconnaissances du monde contemporain, entrant parfaitement dans le champ du bien-sous-tout-rapport de l’époque.

La sacralisation du « migrant » (notion aussi vague qu’insaisissable), dans un mécanisme qui n’a rien à envier aux révélations girardiennes, a désormais pénétré le consortium de notre civilisation (ou de ce qu’il en reste). En l’intégrant dans le club très fermé des victimes qui valent mieux que les autres, on alimente le pesant et religieux humanisme interdisant quelque réserve que ce soit à l’accueil inconditionnel de l’étranger. Si la vertueuse charité chrétienne nous oblige à bien des égards, on aimerait que l’hospitalité maladive des militants No Borders les oblige à sortir de la vallée et prendre un peu de hauteur.

Car derrière l’agriculteur romancier Cédric Herrou et le panégyrique continuel de ses ménestrels (journalistes, artistes, réalisateurs et photographes, tous d’extrême gauche), on voit surtout un grand prêtre de l’humanisme déraciné, militant, et d’un cynisme rare, sacrifiant sur l’autel de son idéologie les victimes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il sait qu’il enfreint la loi depuis le début, car c’est ce dont il a besoin pour se victimiser. Il sait qu’il fait entrer des personnes illégales, mais il en a besoin pour se fabriquer un cœur grand comme ça.
Il sait que tous ces migrants viennent de trafics, filières et passeurs sans scrupules, mais il lui en faut beaucoup pour justifier et mener son action. Il sait que certains ont souffert, mais c’est indispensable au humanism business. Il sait que d’autres sont des adolescents ou, pire, des enfants, mais comment arracher autrement les larmes et la compassion de ceux qu’il trompe ? Il sait que tous ou presque sont noirs (les migrants africains blancs étant encore peu nombreux), mais c’est un avantage certain pour prétexter une violence et un acharnement raciste de la France.

Cette France, qu’il piétine d’ailleurs (et « niqu[ait] » même le 21 janvier dernier sur Facebook) tant qu’elle le laisse prospérer sur les situations inextricables qu’il aime, lui qui s’attache à les perpétuer et les aggraver. Son souhait et son combat sont ceux-là, car si Cédric Hérrou est si déterminé, c’est qu’il méprise ce pays et ses frontières. Dans la continuité des No Borders, il fait du monde son terrain de jeu, et de la misère son étendard.

En ce sens, il n’est pas trop éloigné des stars qui se précipitent au Festival de Cannes, où lui-même vient présenter le film à sa gloire, accompagné de « ses » migrants. Ici s’accomplit l’union suprême entre le citoyen du monde et le déraciné, entre l’élite de partout et le migrant de nulle part, entre le riche Blanc et le pauvre Noir, entre les sans-culture et les sans-papiers. Pour lui, l’image est belle, pour ne pas dire jouissive.

Cédric Herrou, c’est l’entremetteur de l’humanisme, satisfait d’avoir fait coucher monsieur Dupont avec madame Durand, et qui se moque que d’autres en meurent. Il célèbre la beauté de l’instant, ainsi que lui-même, sachant sans jamais l’avouer qui est sous les draps.

Cédric Hérrou est l’entremetteur, et vous les cocus.

Pierre Martineau

(Article publié le 29/05/2017 sur Boulevard Voltaire)

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