(Article paru le 02/02/2017 sur Boulevard Voltaire)

Mon proche député EELV de la 1ère circonscription de Loire-Atlantique est plutôt joueur. En pleine affaire Fillon, bouillabaisse essentielle pour notre démocratie (surtout en période électorale), François de Rugy a pris plaisir à tacler son opposant. Il s’est fendu d’un tweet qui n’aura pas vécu longtemps sur sa page Twitter mais qui risque de perdurer dans les archives.

Ce soir avant de quitter le bureau, je signe la fiche de paie de deux de mes assistants parlementaires. #PenelopeGate

Malin comme un singe, celui-ci aura au passage divulgué les fiches de paie de ses deux collaborateurs, oubliant de brouiller leur code de Sécurité Sociale. Ce code (qu’on vous attribue à chacun comme on trace les vaches à lait) permet d’en savoir un peu sur vous. Il aura fallu peu de temps aux curieux internautes pour s’en apercevoir ; et les « sans-dents » n’étant pas sans cervelles, ils auront vite perçu qu’une fiche de paie était celle d’un homme, l’autre celle d’une femme. Le premier est payé 2 430 € le mois dernier pour 121 heures travaillées, la seconde 2 290 € pour 151 heures. François de Rugy aura donc démontré que dans le public comme dans le privé, les femmes sont moins bien payées que les hommes.

Notre époque est cocasse.

Certes, la gaucherie du député a de quoi le rendre plus vert que jamais, et on aurait bien tort de ne pas s’amuser de l’arroseur arrosé. Mais notre gausserie est en partie partiale, car on ne sait rien des deux assistants parlementaires concernés. Ancienneté ? Age ? Grossesses ? Particularité du mois en cours ? Peut-être qu’au fond, on parviendrait à justifier de tels écarts. Tout le monde sait qu’il y a inégalité en la matière et que François de Rugy n’en est pas spécialement responsable. Certes, membre d’un camp moralisateur chevronné, il pourrait dans un élan d’exemplarité faire ce que personne ne fait, mais il serait injuste de lui faire porter seul le chapeau. En réalité, on aime surtout à pincer l’élu là sur un sujet convenu et sacré.

Par contre, personne n’aura relevé la colonne de droite intitulée « cotisations patronales ». Celles-ci, les français s’en fichent, car dans l’inconscient collectif, ces cotisations sont payées par le « salaud de patron » (ici monsieur De Rugy). Pourtant, cette colonne est dans l’absolu bien plus intéressante et symptomatique. La cotisation patronale, pudiquement attribuée au patron, est un en effet un élément de salaire de chacun, et impacte directement le salaire net que vous touchez. Or, la bourde de monsieur le député montre qu’un député employeur paie ici 400 € de cotisations patronales pour 2 300 € de salaire net, et là 520 € de cotisations patronales pour 2 400 € de salaire net là. On y cherche également trace de cotisations salariales.

Interpelé, j’ai donc ressorti ma propre paye. Mon patron, pour que je puisse toucher 2 230 € de salaire net, paie 1 610 € de cotisations patronales (en plus des 770 € de cotisations salariales retenues également sur mon salaire brut). Je travaille dans le privé.

Je ne vais pas pleurnicher. Je n’ai pas vocation à rejoindre la fonction publique et j’aime mon travail, dont je peux vivre. Je m’étonne simplement que notre système égalitaire se fiche autant d’une telle différence, alors qu’on se scandalise en ce moment des magouilles fillonesques. D’autant qu’on néglige aussi savamment l’inégalité chronique entre les pensions de retraites du public et du privé. J’ai beau chercher, je n’arrive pas à comprendre les raisons philosophiques objectives qui permettent de justifier un tel écart. Je dois manquer d’entraînement au cerveau gauche.

Pierre Martineau 

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