(Article paru le 20/12/2016 sur Boulevard Voltaire)

J’ai toujours en mémoire cette carte de « Vengé », département de la Vendée redessiné par les révolutionnaires de 1789 qui avaient pris soin de retirer tous les « Saint » et « Croix » des villes du territoire rebelle. On obtenait ainsi Talmont, Laurent ou Gilles-sur-Vie en lieu et place de Talmont-Saint-Hilaire, Saint-Laurent-sur-Sèvre ou Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Reflet d’une obsession maladive, elle eût frisé le ridicule si elle n’évoquait autant une fureur destructrice à laquelle participaient aussi, à l’époque, d’infernales colonnes.

Deux cents ans après, l’anticléricalisme saugrenu n’a rien perdu de sa hargne. Obnubilé par l’épi de foi qui dépasse, son réflexe est le même de tailler au couteau. On s’amusait déjà, depuis plusieurs années, à voir la météo de France 2 se refuser à salir son écran avec les traditionnels « saint » ou « sainte » du calendrier grégorien, dans un souci de laïcité pure et irréprochable. On aimerait rire encore face aux laïcards compulsifs bondissant à l’idée de voir l’espace public se remplir de « Joyeux Noël » et de crèches enfantines. Les plus « modérés » s’efforcent de poster niaisement des tweets souhaitant « de joyeuses fêtes » sans jamais les nommer. Lancés dans une quête inavouée, la laïcité est juste leur arme de pacotille pour mieux s’en prendre toujours aux mêmes.

Il faut dire qu’à défaut de menacer son prochain, le chrétien est de nature tenace. Foncièrement, le laïcard a raison : tant que ne disparaîtra pas sous les cendres toute braise de christianisme, le risque est réel qu’il ne se relève. À croire qu’il existe une force plus transcendante que leur idéologie dévastatrice. Ironie du sort : ces êtres libres qui nous somment de nous libérer avec eux (sinon quoi ?) peuvent jouir de la liberté de démolir justement parce que leurs racines, leur culture et leur société furent chrétiennes. Enfants gâtés des prouesses anthropologiques du catholicisme, ils peinent à voir que leur extrémisme ingrat et burlesque aurait bien moins de chances de survivre dans d’autres civilisations.

Ils s’attaquent pourtant à trop petit morceau, et c’est sans doute ce qui les prend à rebrousse-poil.

La force du christianisme, c’est son Dieu. À Pâques, ils s’attaquent à un mourant ; à Noël, à un enfant ; les jours restants, à un morceau de pain. Ingrats et lâches, donc, au point de ne plus savoir à quand remonte la dernière fois où les chrétiens leur ont vraiment fait du mal. S’ils se sont auto-pardonnés leurs indélicatesses assassines, ils peinent à nous pardonner d’être là encore. Pourtant, le seul affront qui tienne encore est celui d’avoir une foi, une espérance, une charité et, par-dessus tout, d’avoir un idéal, et donc un avis.

J’ai allumé la bougie au milieu de ma crèche. Jésus n’est pas encore là. C’est déjà la mangeoire vide qui attise leur fureur. Je savais que mon Dieu était petit. J’oubliais combien ses ennemis l’envisagent déjà grand. Bien plus que moi, ils fabriquent Sa gloire, et le frêle Jésus dans la crèche les fait trépasser. Je m’émerveillais déjà qu’Il ait pu parvenir un jour jusqu’à moi, mais comment ne pas être admiratif qu’Il soit parvenu jusqu’à eux ?

Joyeux Noël ! Paix aux hommes de bonne volonté ! Quant à ceux qui vitupèrent, ils gâchent bien davantage leurs fêtes que les nôtres et seront bien en peine d’entamer notre ardeur. Ils imaginent mal combien les croyants indisciplinés élèvent la joie de Noël bien au-dessus de leurs aigreurs. Éternelle, elle a de quoi gâcher leurs amères existences de nombreuses années encore.