(Article publié sur Boulevard Voltaire le 07/12/2016, titré « La Roya : derrière les bonnes intentions, une filière d’immigration »)

D’un côté, il y a les bons samaritains qui s’ignorent, œuvrant jour après jour à réduire la misère là où ils le peuvent, faisant autant preuve de générosité que de discrétion. De l’autre, il y a les humanistes autoproclamés, qui n’oublient jamais de parler d’eux, et qui aiment à claironner le bien qu’ils font. Il serait même dommage de ne pas les admirer ou de ne pas leur venir en aide (financièrement, bien sûr).

Alors quand Cédric Herrou, ce brave paysan de Breil-sur-Roya (qui aimerait tant s’occuper de ses poules), réitère au journaliste qui veut bien l’entendre sa belle histoire d’aide aux migrants, il devient compliqué d’opposer une indignation. Celle-ci aurait vite fait de passer pour inhumaine. Plus encore quand il mentionne ces mineurs, presque ses enfants, au cœur de situations inextricables dans ses montagnes. Il faut bien comprendre qu’aider son prochain est, chez lui, une seconde nature, et il serait bien malaisé de distinguer l’idéal vaillant du combat idéologique.

On s’étonne, alors, qu’Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, parvienne à lui trouver des poux, par une saisie de justice et un signalement des plus malvenus dans ce poignant roman alpin.

Pourtant, on s’interroge. Pas simplement quand on découvre les soutiens trop connus de la Ligue des droits de l’homme, du MRAP ou encore du Réseau éducation sans frontières. Pas seulement parce que sa bienveillante remise en question des « frontières et de leurs conséquences » prolonge l’écho fortuit des No Borders de Calais.

Ce n’est pas, non plus, parce qu’on subodore ses liens à peine voilés avec les mouvances antifas, dont les œuvres caritatives ne sont plus à démontrer. Ni même parce que les réseaux tentaculaires qui s’enthousiasment autour de ses bonnes œuvres fleurent tous l’extrême gauche.

Ce qui nous interroge grandement, c’est quand Cédric Herrou explique qu’après l’hébergement de 58 migrants (pas moins), et une journée en garde à vue, il rentrait chez lui, à deux heures du matin, pour y trouver finalement de nouveaux « gamins » frappant à sa porte. Son élan munificent suscite un tel étonnement qu’on se demande si ce super-Herrou ne nous prendrait pas un peu (et les gendarmes avec) pour des bleus. S’il ne nous invitait pas tant à l’aduler, on imaginerait que les clandestins connaissaient son adresse et espéraient y trouver refuge, dans le but de parvenir plus simplement à leur destination. Au vu de leur nombre, il faudrait plus que la divine providence pour mettre saint Herrou sur leur chemin, particulièrement bien tracé. Étrangement, de nouveaux migrants font ensuite leur apparition.

Lui, pourtant, n’en a que faire. Quand il voit quelqu’un dans le besoin, qu’il soit noir (ou blanc ?), petit (ou grand ?), étranger (ou français ?), c’est irrépressible : il a besoin de lui donner le couvert, de le loger, de savoir où il veut aller, d’appeler ses amis et de trouver un moyen pour l’y emmener. Charité oblige.

Il est comme ça, Cédric, et c’est bien ce qu’on lui reproche. Il s’en fiche, que cela soit contraire à la loi, que l’immigration ait perdu la tête, que les enfants migrants soient utilisés, que son action fasse appel d’air et que la situation vienne à se dégrader ailleurs, pour ses migrants comme pour les autres. Ce sont ses pauvres, à son effigie et à sa gloire, et il est hors de question que l’État les lui enlève.

Pierre Martineau