L’un des traits les plus distinctifs du « bobo » de la télévision, c’est son langage. Ecoutez-le parler : Vivre-ensemble ; émotion ; dignité ; démocratie ; humaniste ; cosmopolite ; stéréotypes ; repli sur soi ; xénophobie ; populisme ; fascisme… Il est usuel chez les bobos de s’emparer de temps en temps d’un mot ou d’une expression quelconque. Il ne s’agit pas seulement de le galvauder à toutes les heures du jour et de la nuit, il s’agit surtout d’en réclamer un monopole absolu. C’est un épouvantail : « Fuyez, car même le dictionnaire est avec nous ! »

Ce mot que l’on a domestiqué, on le promène le long des discours et des chansons, solidement harnaché au bout d’une laisse. Et la foule trépigne de l’entendre, surtout lorsque les raisonnements sont longs et obscurs. Elle l’attend, et qu’elle se rassure, il finit toujours par être prononcé. On bâtit des exergues formidables pour lui servir d’introduction. Souvent, à condition de l’avoir bien dressé, il peut devenir à lui seul la pierre d’achoppement du discours, le seul mot dont les auditeurs garderont le souvenir. Quelle gloire lorsqu’un cri le laisse échapper ! « Il l’a dit, vraiment, voilà un homme qui n’a pas peur des mots! ».

Et puis, au bout de quelques années, pour avoir été trop répété, le piège devient un peu grossier. Ils finissent donc par le remettre au placard. Et on le retrouve, ce mot, devenu tout flasque et élastique dans sa définition, incroyablement plus banal. Le mot n’est pas mort, non ; simplement il est devenu inutilisable, chargé d’une idéologie qui ne le connaît pas, encombré de sous-entendus, dépouillé de son histoire, arraché à sa géographie littéraire, banni à jamais de la poésie. Avant il murmurait, il aiguisait notre oreille, nous rappelait l’essence des choses et la complexité de l’Histoire. Maintenant, devenu la coqueluche des faux intellectuels, il nous hurle à la figure des leçons de morale…

Kolbe