Il en fallait tant pour conjurer l’affreux sort qui frappe la contraception moderne. Après des décennies de sermons religieux, de « préventions » collectives, de spécialistes unanimes, d’enquêtes surnuméraires, de sites pédagogiques, de biberonnage adolescent et de féminisme borgne, rien ne suffisait plus. Après la journée mondiale du migrant et du réfugié, d’action en faveur du droit de grève, de la justice sociale, de la femme, du sport pour le développement et la paix, de la diversité culturelle, de l’environnement, de la fonction publique, du droit à l’avortement, de la gentillesse, de l’égalité des chances, ou encore du climat, (et même de l’overdose, comme en ce moment), il fallait, urgence absolue, marquer le coup pour la journée mondiale de la contraception.

Il faut dire que depuis Diane 35, la pilule peine à redorer son blason, et les masques tombent peu à peu. Les dieux pharmaceutiques voient filer entre leurs doigts un pactole qu’ils ne savent plus récupérer. A se ficher proprement de la santé de madame, Docteur Jekyll cachait ses failles. Dans un monde où manger bio est le nec plus ultra de la condition féminine, ingurgiter continuellement des hormones de synthèse ne fait plus vraiment rêver. A quoi bon faire attention à ce qu’on mange si c’est pour se gaver volontairement de contraception chimique ?

On aurait rêvé pourtant de la contraception idéale. Mais ChoisirSaContraception.fr a beau vendre du rêve, les femmes n’arrivent plus à « se contracepter » sans devoir faire attention. Elles qui voulaient être des hommes comme les autres doivent tout vérifier, tout peser, tout tester. Des questions ; encore des questions ; toujours des questions. « Quels effets secondaires ? Quels risques ? Mais aucun madame, circulez donc ! Rien n’est à voir ! » Des effets secondaires aux risques physiques, elles déchantent régulièrement autour de nous, les hommes, seuls à profiter pour les meilleurs d’entre nous de leur disponibilité supposée. Elles ne doivent pas oublier la pilule, pour être sûr d’hormoner parfaitement leur superbe corps, dussent-elles y sacrifier leur santé et leur libido (ce qui est dommage quand le but est de pouvoir prendre plus de plaisir). En renonçant aux solutions hormonales, voudront-elles nécessairement, au comble de la libération féminine, sacrifier ad vitam eternam leur fertilité ? Rien n’est moins sûr.

Elles auront toujours un choix à faire, et probablement que l’éclairage féministo-pharmaceutique n’en sera pas un. Il est vrai que certaines méthodes rapportent plus que d’autres, et que si par malheur vous optez pour des méthodes naturelles, bios et qui ne coûtent pas un rond, il est probable qu’on vous en dissuade vertement. « Elles sont tellement inefficaces ! » On veillera ainsi à éviter de vous former à ces dernières, de quoi garantir au mieux leur plantage.

Le féminisme pro-pilule aura forgé en quelques années une génération de femmes anxieuses, médicamentées, ignares de leurs propres corps (« un cycle fait 28 jours, tous fertiles ! »), dépendantes de leur prescripteur et de leurs fabricants, bien que seules responsables de leur fertilité, donc seules en cas d’échecs qu’elles croyaient impossibles puisqu’on le leur avait dit. Echecs plus nombreux, plus terribles, plus terrifiants, plus insurmontables, de quoi les livrer en proie aux avortements, plus nombreux aussi.

J’en suis désolé, mesdames. La seule contraception qui vaille avant la technique chimique, physique ou naturelle, c’est vous-mêmes. C’est de reconnaître que vous êtes une femme, qui peut parfois procréer, et qu’il vous faudra donc faire attention. Avant d’aller en parler avec votre médecin et votre gynécologue, en avez-vos seulement parlé à votre conjoint ? Vous a-t-il dit qu’il exigeait de vous une disponibilité optimale, proche du 100%. Ou cherche-t-il seulement un moyen efficace pour vous aimer vraiment ?

Pierre Martineau