Publié le 18 Septembre sur Boulevard Voltaire

L’information originale et immanquable de ces derniers jours est sans conteste cet exploit scientifique d’une équipe de chercheurs germano-britannique relaté par tout média digne de ce nom soulignant l’obtention en laboratoire de souris viables « sans ovocyte ». Un concert de louange qui n’a sans doute pas demandé beaucoup d’effort, tant la doxa journalistique s’émeut à l’idée d’érafler un a priori selon lequel il nous faudrait à la fois des gamètes mâles et femelles pour nous reproduire.

« Des chercheurs sont parvenus à reproduire des souris sans recourir à des ovocytes » (Le Monde).
« Des souris naissent sans partir d’un ovule » (Le Figaro).
« La reproduction sans fécondation démontrée chez la souris » (France Inter).

Je vous recommande au passage la lecture de ces articles (surtout celui de France Inter, tant l’auteur ne comprend ni ce qu’il écrit ni l’expérience qu’il décrit).

Alors que s’est-il passé réellement ? Le bien plus sérieux et ô combien nécessaire site genethique.org nous invite à relativiser.

La nouveauté réside donc ici dans la capacité du parthénote à intégrer l’ADN apporté par le spermatozoïde, pour former un embryon viable. Cependant, ces résultats ne signifient absolument pas pour autant que l’on soit parvenu à produire des souriceaux sans recourir à des ovocytes, dans la mesure où les parthénotes sont bel et bien issus d’ovocytes.

En matière de vulgarisation scientifique, on savait les journalistes particulièrement hasardeux et approximatifs. On aura ici touché le fond de leur aptitude à relater l’expérience, incapable de comprendre qu’un embryon, aussi trituré soit-il (ici un ovule fécondé divisé artificiellement pour en faire un parthénote) n’en reste pas moins le fruit de gamètes mâle et femelle.

Si l’exploit technique peut être salué (encore faudrait-il que mes compétences et les leur nous le permettent), les titres trompeurs décrivent l’exact opposé de l’expérience elle-même. Nous n’en sommes pas encore à concevoir des souris, et encore moins des êtres humains, sans l’incontestable (jusqu’ici) complémentarité mâle/femelle (parler d’homme et de femme étant moins tendance).

Alors, on se contentera d’observer l’engouement soudain pour ces recherches, comme si cela portait sur un enjeu annexe plus conventionnel. Et BFMTV de nous en livrer la clé quand il titre « Un espoir pour les couples gays et lesbiens » :

L’étude a réussi à montrer que l’activation du génome paternel contenu dans le sperme, opération qui déclenche la formation de l’embryon, pouvait se faire à un stade plus tardif qu’anticipé au départ. (…) L’avancée représenterait donc une chance pour les couples dont la femme devenue infertile (…). De même, les couples homosexuels (…) pourraient utiliser la technique, à condition que de nombreux obstacles soient encore surmontés. La PMA ne serait alors plus réservée – en fait et non en droit positif français – aux seuls couples lesbiens.

On s’enflamme et on s’emballe. La science est encore loin, mais les LGBT pourront espérer un jour avoir leurs enfants, par une PMA qui viendrait soustraire un patrimoine génétique féminin, pour le remplacer par un patrimoine masculin.

Des enfants issus de deux hommes ? N’était-ce pas là leur simple utopie qui valut de partager avec empressement et racolage une découverte mystérieuse pour tout néophyte. Si les souris se reproduisent certainement, c’est aussi sans ovocyte que les ânes se sont multipliés dans les médias.

Pierre Martineau