Je vous parlerai aujourd’hui d’un fait divers. Il est d’autant plus divers qu’on en sait bien peu sur ses protagonistes, et qu’il passera probablement inaperçu dans votre fil d’actualités. A Valanjou (49), entre Angers et Cholet, un « jeune homme » a agressé et tenté d’assassiner au couteau des retraités, sans raison apparente.

Les faits sont naturellement relatés par Ouest-France qui rapporte les quelques informations glanées dans un article bref. Il y est fait mention notamment de l’attrait du jeune agresseur pour des jeux vidéos très violents. Le fait étant incompréhensible, on se raccroche à ce qu’on peut.

On bascule alors dans la chronique de comptoir quand un autre article est publié sur le trop célèbre site « 20 minutes » (ce qui correspond probablement au temps qu’ils doivent passer en moyenne à creuser un sujet). Le titre, pour une fois, n’aura pas été repris tel quel : « Angers : Amateur de jeux vidéo violents, il poignarde un couple de retraités ».

Quand on détaille les faits, ce jeune homme habite toujours chez ses parents, et aurait passé tout l’été devant son ordinateur. Il aurait quitté le domicile vendredi soir pour marcher 30 km à pied (rien que ça) avant de poignarder ce couple de retraités (Source).

Je me demande combien il faut d’années de journalisme pour arriver à conclure que le problème de ce garçon concerne les jeux vidéos. Bien sûr, on peut toujours blâmer certains jeux vidéos d’être ultra-violents, et on pourra se désespérer de leurs mauvaises influences supposées chez les jeunes. Mais s’il y a un problème à résoudre ici, c’est surtout le cadre de vie (probablement déplorable) que doit connaître ce jeune homme. Loin de moi l’idée d’en juger trop hâtivement, mais c’est de fait la question qui me vient (à moi, piètre journaliste) en premier lieu. Avant de blâmer les jeux vidéos de la planète entière, j’aimerais qu’on m’explique comment un vieil adolescent de 18 ans peut se retrouver à marcher 30 km un vendredi soir pour atterrir dans une commune et décider d’y poignarder quelqu’un. Comment peut-on entendre cette nouvelle sans s’interroger sur son histoire, et sur le cadre (familial entre autre) de ce garçon ? Ou par cohérence, ne faudrait-il pas que ces malins journalistes blâment la marche à pied, qui apparemment conduit aux actes les plus sordides ?

Creuser son histoire, ils ne le feront pas, et il y a une raison à cela. Il est bien plus facile d’expliquer la déliquescence de certains adolescents par le jeu vidéo que par le délitement réel du tissu familial. Dans ce cas précis, est-ce pertinent et justifié ? Je n’en sais strictement rien bien que je le subodore. Des faits divers de ce type, il y a eu et il y en aura d’autres. Mais on ne finit pas par poignarder les gens simplement en « passant tout son été devant l’ordinateur ». Ce jeune habitait chez ses parents, qui auraient sans doute plus à nous en dire. Mais de ces journalistes, j’y décèle le perpétuel déni de réalité sociétal : si nos enfants vont mal, il y aurait sans doute plus à creuser qu’un simple décompte du temps passé devant l’ordinateur. Au risque de se faire plus mal.

Pierre Martineau