Ils n’avaient pour ainsi dire rien en commun, à supposer qu’on ait eu à les comparer de leur vivant. Lui, vieux prêtre de 86 ans, était là dans l’église parce que c’était le sens qu’il avait donné à sa longue vie. Il lui fallait être au service de la communauté « pour célébrer la messe et donner les sacrements », indique-t-on dans un article du Point. Face à lui, il aura trouvé deux terroristes, dont la courte vie n’aura eu de sens qu’un instant, parce qu’un sinistre plan de carrière se trouvait là fortuitement, enraciné dans un djihad écervelé et une allégeance à d’autres hommes aussi fous qu’eux, en réponse probable à une déchéance intérieure abyssale.

Deux religions, et deux martyrs. Chacun le prône, mais Dieu reconnaîtra le sien. Le martyr islamique provoque la mort de ceux qui seraient indignes de vivre, de préférence au point de perdre la vie, espérant ainsi finir en martyr, a minima autoproclamé. Quelle subversion et quelle imposture ! Loin de toute grandeur, ce martyr a tout de l’indécent, du médiocre et du lâche. Quel grand danger que ce prêtre pour les plans de Daech ! Et quel obstacle à leurs soldats ! Est-ce donc une messe quotidienne qui leur était si insupportable ? Est-ce le sacrifice déjà réalisé d’un Jésus sur l’autel qui porte atteinte à leur foi pure supposée inébranlable ? Leurs martyrs prennent la vie aux innocents, quand bien même ils auraient 86 ans. Ils les soumettront aux mêmes humiliations et au même sacrifice, par un procédé des plus rétrogrades (l’égorgement). Ils porteront atteinte définitive à sa vie qu’il avait déjà donné – ceci est son corps –, en lui coupant la gorge – ceci est son sang.

Alors ignares de la chose chrétienne, ils ne savaient pas que loin de faire d’eux-mêmes des martyrs, ils auront fait de ce vieux prêtre fatigué et oublié l’icône supplétive de la puissance chrétienne. Puisqu’il faut des martyrs, et qu’ils ne laisseront que le souvenir de lâches, ce prêtre courbé (mais visiblement pas assez bas, il leur a fallu lui demander de s’agenouiller complètement) témoignera quant à lui de l’extrême singularité du martyr chrétien. Le martyr islamique est volontaire ; le martyr chrétien est impromptu. Le martyr islamique prend la vie aux innocents ; Le martyr chrétien donne sa vie aux coupables. Le martyr islamique est bassement lâche ; le martyr chrétien est hautement courageux. Le martyr islamique conduit à une gloire éphémère ; le martyr chrétien fait entrer dans une gloire immortelle. Le martyr islamique était leur plan de carrière ; le martyr de ce prêtre sera le plan de Dieu.

Le Père Jacques Hamel aurait pu finir sa vie simplement, loin de l’embruissement sauvage de ces chevaux noirs, en poussant un dernier soupir que nul n’eut entendu. Au moment même où il célébrait le saint sacrifice, il finira la robe entachée de la fidélité à son maître, Jésus-Christ, qui le couvrira de Sa gloire. Bien sûr. Car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Aussi, j’aimerais que ma conclusion interpelle profondément mon lecteur. Nous avons une chose à opposer à nos agresseurs, qui est un choc de culture et un choc de civilisation, au point qu’il leur faudra prendre garde. Nos martyrs ne sont pas leurs martyrs, et nos gloires ne sont pas leurs gloires. Aussi, dans leurs victoires factices et dans leurs coups d’éclats, qu’ils veillent prudemment à ne pas fabriquer trop de saints. Il ne faut jamais sous-estimer la force du Camp des Saints.

Pierre Martineau

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