Les islamistes ont encore frappé, fort. Ouvrant le feu dans les rues parisiennes, ils entraînent avec eux ceux qui périssent pour avoir voulu se détendre. Ce ne sont ni des saints, ni des martyres, simplement des innocents. Sous le regard désabusé d’une France qui pleure, on entend alors des voix s’élever un peu plus fort : « Les terroristes ne gagneront pas. Nous devons vivre comme avant. »

Vivre comme avant ? Il nous faudrait prendre un café en terrasse, aller au théätre, sortir et arborer finalement de factices insouciance et sérénité, pour penser que nous n’avons pas peur, pour conjurer le sort, et pour fuir l’affreuse vision de là où nous en sommmes. Comme nous brandissions un crayon en Janvier 2015, nous brandirons un café en Novembre. Drôle d’ancrages que de revendiquer le futil, le vain ou l’accessoire… A l’image d’un occident au pire en perdition, au mieux en crise, l’attaque et l’horreur nous font normalement nous raccrocher à l’essentiel. Il apparaît ici bien pauvre et bien fragile.

Mais pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui, il faut peu de fanatisme et beaucoup de lâchetés, peu d’idéaux et beaucoup d’idéologies, peu de convictions et beaucoup de certitudes, peu de sens et beaucoup de vide. Alors que certains ont oeuvré à beaucoup déconstruire, il ne leur reste mécaniquement que peu de choses à défendre. Vivre comme avant ressemble bien plus à une retraite face à quelque chose que le futil qui agite nos vies ne peut vraiment expliquer.

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (Luc 13, 3)

La nécessaire conversion, qui nous concerne chacun, est aussi l’affaire d’une génération, et d’une civilisation. Il ne s’agit pas de retrouver des siècles perdus, mais bien de donner du sens, de changer en profondeur, de faire notre nécessaire introspection pour justement ne pas vivre comme avant. « Se convertir » peut vouloir dire beaucoup de choses, mais certainement pas cela. Pour ne pas mourir, il nous faut changer.

Pierre Martineau