(Réaction publiée dans Famille Chrétienne n°1970 – Octobre 2015) 

68594_priere-climat-mains-ciel-nuagesEn invitant les gens à « prier pour le climat », l’Eglise ne marche-t-elle pas sur des plates-bandes scientifiques, qui pour leur part ne sont pas aussi tranchées ? Doit-on recréer au sein de notre Eglise un débat fondamentalement scientifique, et non spirituel ? A titre personnel, je trouve aberrant de devoir prier pour que la planète ne se réchauffe pas.

Ce rapport à la prière et au monde qui m’entoure me rappelle un certain archaïsme, où l’on invoquait différents dieux (du Soleil, du Vent et du Tonnerre) pour qu’ils n’entrent pas en colère. Que l’on confie le mal que font les hommes à la création, que ce soit par la pollution, le non-respect des espèces, l’exploitation irraisonnés des ressources, etc. cela me semble concevable. Mais prier pour le climat relève pour moi d’un profond archaïsme, c’est-à-dire un mécanisme païen dont Dieu nous libère. Et comme Dieu nous en a extrait, et je n’ai pas envie d’y replonger.

« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? » (Matthieu 6, 26)

La planète n’est pas en danger. Ceux qui sont en danger, c’est vous, et c’est moi, et les gens qui nous entourent. Quel est l’intérêt de conserver la température si nos cœurs sont glacés ? La création ne mourra pas du climat. Elle mourra de notre orgueil. Est-ce très théologique ? Il faudrait vérifier. Mais elle m’inspire une certaine modestie.

L’homme a de grandes capacités, mais est tout petit face à la création. Croyons-nous qu’il soit plus important d’empêcher la planète de gagner 2 degrés (que les scientifiques eux-mêmes peinent à mesurer) ou de changer notre cœur, pour changer notre monde ? Je revendique l’Amour et l’Humilité, sang et eau qui jaillissent du cœur du Christ.

Des pauvres, nous en aurons toujours avec nous. Il en sera de même des catastrophes naturelles, d’inconscients qui polluent, d’exploitants ou de décideurs irresponsables. Il ne faut pas confondre l’éducation des consciences (louable en soi) et l’exercice de la charité. La finalité de nos prières est-elle ordonnée au Christ ? Bien sûr, entre les mains de Dieu, toute prière est recevable. Mais dans la charité fraternelle, j’aimerais dire à mon Eglise qu’on ne prie pas pour tout et pour n’importe quoi. La prière pour réchauffer notre humanité est plus grande que celle pour refroidir la planète…

Pierre Martineau